Phrases du jour – Semaine 8 – Herbier feu follet

Décembre s’entame pendant que 2015 fait ses bagages. Noël se profile et dans son ombre, 2016 fait ses derniers préparatifs avant sa grande entrée en scène.

Pour les étudiants du master création littéraire, c’est la dernière ligne droite, le branle-bas de combat des examens. Relectures des devoirs, conclusions jetées à la hâte, impressions des écrits … La majorité de nos textes du premier semestre sont à rendre pour la semaine du 14 au 18. Alors, on se hâte de peaufiner (ou pour certains de commencer).

Les phrases du jour de cette semaine sont issues d’un brouillon pour l’un de ses devoirs (texte de création dans le cadre de la Littérature comparée sur le thème des Pensés Sauvages). Les laisser dans le rendu final aurait entraîné un manque de cohérence avec le reste des écrits. Les abandonner aurait été cruel. Alors, je vous les fais parvenir via mon blog. Bonne lecture.

 

30-11-15 : Si tu te couronnes de lauriers, veille à ne pas trop t’en vanter.

01-12-15 : Artichaut épluché, cœur fragile dévoilé.

02-12-15 : Jette aux orties les déchets qui percutent tes pensées.

03-12-15 : Prends la clé des champs pour ouvrir ton âme à la nature des autres.

04-12-15 : Ose prendre de la graine pour éclore dans le savoir d’un autre.

05-12-15 : Raconter des salades pour cultiver ses choux gras.

06-12-15 : Faucher sa culture comme les blés pour mieux la distribuer.

Publicités

Phrases du jour – Semaine 7 – Farandole de pronoms

Pour cette semaine (laborieuse), j’ai choisi d’écrire sur les pronoms. L’idée m’est venue spontanément le lundi lors du cours de Littérature comparée mais c’est révélé plus ardue à réaliser que je ne le pensais. Entre les voyages en train, Noël (et donc ses achats, emballages, décorations et autres préparatifs) qui se profile et les devoirs qu’il faut finaliser, les phrases du jour doivent sortir presque instinctivement tant j’ai peu de temps à leur accorder.

Résultat par conséquent assez moyen. Mais publié quand même. Parce que les routes de l’écriture sont aussi pavées de brouillons, de ratures et de réécritures. Bonne lecture quand même !

 


 

23-11-15 : Je est toi.

24-11-15 : Nous meurt sans tu.

25-11-15 : Moi, familier étrange.

26-11-15 : Toi, étrange familier.

27-11-15 : Eux, c’est vous sans nous.

28-11-15 : Puisse la graine de on fleurir en je.

29-11-15 : Île des elles pour s’y réfugier, ailes des ils pour s’en envoler.

Phrases du jour – Semaine 6 – Évacuation des pensées parasites

Du retard dans la publication. La fin de l’année approche, les dates de remise des devoirs aussi. Au milieu des réflexions sur les différents thèmes traités dans les écrits, des pensées qui parasitent. Évacuation ou noyade de l’esprit.

Même couchées sur le papier, certaines continuent de tourner en rond derrière le front. Échec partiel, réussite fragmentée. Envie besoin de reprendre E-réel. Nécessité obligation de finir les devoirs avant de replonger dans la fiction.

Au final, tant qu’on me laisse écrire, je survis.

 


 

16-11-15 : Pansement de colère sur ses blessures amères.

17-11-15 : Tomate ou grimace, tout n’est plus qu’une histoire de soupe.

18-11-15 : Tu ploies dans l’ombre de tes jours dansants.

19-11-15 : Le temps qui s’écoule est le défaut de notre jeunesse et l’atout de notre vieillesse.

20-11-15 : Cent sangs sans sens.

21-11-15 : Le fil des jours érode les sentiments las et sublime les amitiés éternelles.

22-11-15 : On n’est pas immortels mais je t’aime quand même.

Phrases du jour – Semaine 5 – Quand les maux nous gagnent

Thèmes du courage et de la volonté inspirés avant les tristes événements du 13 novembre 2015. Les phrases ont un relief particulier à la lumière de ces derniers jours. Les mots s’échappent des maux mais ont du mal à panser les blessures.

Je ne saurais trop vous conseiller L’Autre de Pierre Bottero en ces temps douloureux où la planète est secouée par les catastrophes, meurtries par les bombes, endeuillées par les vies volées. Au-delà de l’aspect fantastique qui teinte les récits de Pierre, il y a un message singulier sur l’Humanité qui s’éteint que l’on devrait tous avoir en tête, afin de raviver cette flamme qui brille en nous. Une bien piètre consolation par rapport au deuil qui frappe tant de familles d’ici et d’ailleurs.

Bonne lecture. Restez en paix.


 

09-11-15 : Le courage est un relief qui ne se trouve qu’une fois l’âme lissée par les ténèbres.

10-11-15 : Les voyages les plus formateurs sont ceux qui nous amènent au bout de nous-mêmes.

11-11-15 : On est tous le héros d’un autre.

12-11-15 : L’espoir est un moteur puissant ; la colère en est un dévastateur.

13-11-15 : Les graines du futur éclosent dans les rires des enfants.

14-11-15 : C’est parfois dans ses larmes qu’on puise la force d’avancer.

15-11-15 : La justice s’injustifie lorsqu’elle est ensanglantée par la vengeance aveugle.

Paris Games Week – 2015

Dimanche 01 novembre.

 

8h04.

Brume du matin. Qui s’enroule en écharpes perlées d’humidité autour des corps qui se pressent sur le quai de gare. La pudeur trace des limites invisibles entre les passagers pressés de monter dans le train. L’amour nous blottit l’un contre l’autre. Au diable les convenances. A deux, on est plus forts pour lutter contre le froid mordant de l’automne.

 

8h27.

Signal strident répercuté par le tunnel. Crissement des freins contre les rails. Lumières rondes qui percent le brouillard. La gare s’anime. Et on se serre la main plus fort.

Bousculade devant le marchepied. Les voyageurs sortent, les voyageurs entrent. Mêlée indistincte et brouillonne. Loin de nous. Loin d’un tout.

 

9h36

Le train file à toute vitesse vers son objectif, ne s’arrêtant que brièvement en gare pour avaler de nouveaux passagers. Tête contre tête, nous regardons le paysage qui s’incline à notre passage, les branches qui se tendent, le soleil qui règne, les arbres qui se dressent, le ciel qui nous toise. On ferme les yeux, on se sourit.

 

9h47.

La capitale se dessine et les voyageurs s’agitent. Les genoux craquent, les manteaux se ferment, les sacs sautent sur les épaules.

 

9h58.

Le train ralentit et s’arrête enfin. Le flot de voyageurs qui s’en écoule emporte avec lui des bribes de chaleur que la fin de matinée tente de détruire à grandes morsures glacées.

Isolés dans notre bulle d’impatience, nous interdisons au froid de nous agresser.

Premier escalator. Deuxième escalator. Nous nous enfonçons au sein de la gare, prêts à être engloutis par les entrailles de Paris pour mieux atteindre notre but.

Troisième escalator. Fausse route. Nous ne cherchons pas le RER E, nous voulons sauter dans le M12.

Volée d’escaliers. Retour à l’air libre. Demi-tour. Descente de marches abîmées. Nous longeons un couloir aux murs pavés de petits carreaux blancs parfois fissurés. Je ne me sentirai pas en sécurité s’il n’était pas là. Sa présence chasse les ondes sournoises qui suintent de ce couloir.

 

10h28.

Nous sommes entassés les uns contre les autres usagers du métropolitain. Les passagers se méprisent et s’arrachent quelques millimètres carrés d’espace.

Nous sommes pris en otage par la musique trop forte d’un musicien de rue. Sa trompette grince contre mes tympans et les vibrations sourdes que scande son enceinte résonnent dans mon estomac.

Je me blottis contre lui et je ferme les yeux. La magie opère. Je m’envole loin du musicien, loin des usagers, loin de la grisaille de Paris. Mais toujours tout contre lui.

 

10h47.

La rame s’immobilise contre le quai. Les stations ne se sont succédées que trop lentement à mon goût et j’ai hâte de quitter ce wagon-conserve. Les passagers se poussent, se tassent, se pressent. Ma main ne lâche pas la sienne. Et nous fendons la foule qui monte lentement l’escalier menant à l’air libre.

 

10h49.

Le parc des expositions de Paris. Hall 1. Destination finale.

Nous suivons le tapis rouge qui court le long des différentes entrées. L’impatience fourmille dans mes jambes lorsque j’entre dans le corridor de barrière qui mène jusqu’à l’entrée. Je me retourne et je vois le reflet de ma joie dans son sourire.

 

10h53.

Un vigile vérifie nos entrées, un autre notre sac. Et puis, enfin, on pénètre dans le grand hall. Et on oublie le temps.

 

 

Les stands sont tous plus époustouflants les uns que les autres. Les équipes n’ont pas lésiné sur les moyens pour donner vie à l’espace qui leur ait alloué. Le regard vole d’un endroit à un autre et le tournis s’infiltre dans l’esprit.

Une immense affiche pour le nouvel Assasin’s Creed, douze bornes de test pour le prochain Xenoblade Chronicles, des écrans géants qui présentent les bandes-annonces des jeux les plus attendus, des espaces conçus pour vanter les mérites de chaque marque, des animateurs survoltés. Et des files d’attente interminables. Quatre heures avant de pouvoir accéder à la démo d’Uncharted, de Battlefront ou de Black Ops III.

Il me souffle qu’une année, des gens avaient été piétinés dans la file d’attente pour Call of Duty. Je frissonne. La passion gomme parfois le respect avec une violence qui me sidère.

J’oublie bien vite cet affreux accident. Déjà, parce que sa main contre la mienne fait s’envoler mes craintes de servir de tapis à un fan surexcité, ensuite parce qu’il y a trop à voir et à retenir pour que je m’attarde sur un ignoble détail du passé.

Quelques cosplays sillonnent la foule. Un Ezio aussi discret que son rôle le suppose, quelques Mario et Luigi, des zombies que j’évite soigneusement, des héros typiquement japonais, un groupe grimés selon les personnages de The Witcher, un Link aux couleurs très fluos … Ils passeraient presque inaperçus au milieu des stands colorés qui vendent des produits dérivés.

Je ne peux m’empêcher de m’émerveiller à chaque nouvel univers qui s’offre à nous et il ne peut retenir le sourire lumineux qui éclaire son visage. Malgré notre déception, nous refusons de nous insérer dans les files d’attentes des jeux les plus convoités. Même pour quelques minutes de découverte inédite, l’échange nous paraît inégal. C’est du désir que naît le plaisir. Le violer revient à le diminuer.

Nous profitons tout de même de l’évènement pour tester deux nouveaux jeux Nintendo qui ne présentent pas d’attente infinie : Mario Tennis et Xenoblade Chronicles X. Nous perdons – avec panache – la partie du premier et nous ne nous attardons pas sur le second – très beau mais pas vraiment notre style de jeux.

Nous errons, encore et encore. Parfois, nous nous arrêtons un long moment sur les stands, parfois nous les longeons rapidement. Nous découvrons à chaque tour des nouveautés, assistant à des finales mondiales aux prouesses remarquables, admirant des graphismes et une fluidité hors-normes, engrangeant plus que ce que nos yeux peuvent retenir.

Nos pieds butent contre les canettes offertes qui n’ont pas eu la délicatesse d’être jetées dans une poubelle. Cela n’entame pas notre enthousiasme. Difficile de lutter contre l’ambiance joyeuse qui règne sur tous les stands. Les distributions de cadeaux fleurissent de partout. Les animateurs jettent des bracelets, des T-shirts, des autocollants à la foule de bras tendus. Les paumes se heurtent, les doigts se tendent, les phalanges se crispent, les ongles se plantent. Cahots amicaux mais cahots fervents. On ne laisse pas un centimètre carré à son voisin. On ne laisse pas les cadeaux tomber dans d’autres mains que les siennes.

Quand abrutis de nouveautés, de sons, d’images, de vie, nous nous réfugions dans un coin du salon pour nous asseoir, nous sommes encore à la merci des jeux vidéo. Face au stand Xbox, nous n’échappons pas aux démonstrations de Forza en conditions réelles – pas d’aide à la conduite et volant à manipuler – ni à l’enthousiasme débordant de l’animateur. De même, pour la démonstration de Halo 5 qui s’en suit.

 

16h58.

Il est temps de repartir. Nous arrachant à regret de cette bulle vidéo ludique flottant en plein cœur de Paris, nous quittons le Hall des Expositions. Retour dans le métropolitain. Les yeux étincelants et le cœur gorgé de plaisir, nous nous projetons déjà à l’année prochaine.

 

17h13.

Les stations de métro défilent dans un inconfort égal à celui du matin. Sardines compressés contre leurs aromates, il ne manque que l’huile pour nous étouffer complètement dans cette boîte de conserve.

 

17h28.

Nous émergeons du métropolitain. L’air a beau être pollué, il est plus agréable à respirer que celui chaud et moite de la rame. Nous remontons la rue avant de nous rendre compte que nous ne sommes pas sortis dans la rue espérée et que nous ne reconnaissons pas les lieux.

Un plan se propose à nous. L’heure tourne. Nous n’avons pas le temps de le lire avec sûreté. Abandon. Demi-tour. Retour en arrière.

 

17h39.

Il ne reste plus que cinq minutes avant le départ du train. Nous étions pourtant partis en avance, pour nous assurer d’arriver à l’heure. C’est loupé.

Englouti par un tunnel du réseau RER, nous nous rendons compte qu’à notre allure de marche rapide, nous n’y arriverons pas. Sans échanger un mot ni un regard, nous nous mettons à courir d’un même mouvement.

Les composteurs de tickets nous ralentissent à peine dans notre course effrénée. Mais à peine, c’est déjà trop. Le souffle échappe à mes poumons brûlants, les muscles de mes jambes s’offusquent d’être ainsi bousculés, la sueur échauffe mon front. L’escalier qui se dresse devant moi freine brutalement ma course. Je le grimpe avec volonté mais les forces me manquent et mon rythme ralentit inexorablement.

Devant moi, il avale la montée comme un rien. Et m’attend au sommet, encourageant mon effort de son regard. Hors d’haleine, je me hisse sur la dernière marche, les jambes tremblantes, la gorge en feu.

 

17h43.

Les escalators sont pleins de passants nonchalants qui s’étalent sur toute la courte largeur des marches automatiques. Il faut se frayer un chemin au travers de cette masse inerte et grognon qui se plaît à ronchonner et à boucher le passage.

Nous nous faufilons entre les usagers à coups d’excuses et de coudes, gravissant les deux étages qui nous séparent des voies. La lutte contre le temps est sur le point de se terminer.

 

17h44.

La gare résonne des notes jouées par un pianiste amateur. Nous n’y prêtons pas la moindre attention, nos corps tendus vers la voie sur laquelle nous attend notre train.

Derniers slaloms entre les passagers, valises autour d’eux comme des remparts contre le monde, mentons levés vers les écrans d’affichage, yeux guettant avidement les informations sur leurs prochains voyages. Nos pieds tambourinent le sol, nos genoux se plient pour éviter les obstacles, nos dos ondulent pour se glisser entre deux personnes.

Les dernières secondes s’égrènent avec rapidité pour rejoindre leurs comparses au bas du sablier. Mais le train est désormais à portée de main.

Ultime pied de nez au temps qui file, je me permets de composter le billet que je serre entre mes doigts crispés. Puis, je file le retrouver, lui qui m’attend sur le quai.

Nous grimpons dans le premier wagon et remontons le couloir jusqu’à atteindre nos places, dans lesquelles nous nous effondrons.

 

17h46.

Le train s’ébranle et quitte la capitale.

Le contrecoup de l’effort nous fauche et nous laisse pantelant sur nos sièges.

Dans le silence de notre fatigue, nous échangeons un regard qui sourit. Nous avons gagné la course.

 

17h50.

Palpitant d’émotions. Voilà le résumé parfait de cette journée.

Excitation, émerveillement, satisfaction, stress, euphorie, angoisse, assurance, volonté… Toute la palette se mélange dans le tableau pour donner vie à un souvenir durable.

Avec comme dominance la complicité et le dépassement de soi.

Phrases du jour – Semaine 4 – Je pense donc je suis.

Début du mois de novembre. Une phrase qui tourne dans la tête, qui refuse de se détacher, qui s’incruste dans mes pensées et y fore son nid. Je pense donc je suis.

Pour l’extraire une bonne fois pour toute, rien de plus efficace que de la coucher sur papier. Un peu comme ces chansons qui bouclent dans nos têtes et qu’on ne peut délacer de notre esprit qu’après s’être époumoné à les chanter.

Résultat après une semaine de travail sur moi-même. Détournement des sonorités et extensions des syllabes comme remède. Bonne lecture !

 

02-11-15 : Je panse donc j’essuie.

03-11-15 : J’encense donc j’enduis.

04-11-15 : Je pense donc tu fuis.

05-11-15 : J’épanche donc j’épuise.

06-11-15 : Mes cendres donc ta suie.

07-11-15 : Tu mens donc j’appuie.

08-11-15 : Je danse donc je luis.

Séminaire Ecrire – Semaine 2

Pendant ce séminaire, nous avons travaillé à partir d’images pour produire un texte. Lors de deux premiers exercices, nous avons dû décrire, sans interpréter, ce que nous voyions sur les tableaux projetés sur grand écran. N’ayant pas réussi à remettre la main sur les peintures, je ne vous poste pas les quelques lignes issues de ces deux exercices (on verra si je parviens à les retrouver par la suite ;)).

Nous avons ensuite étudié des photographies de Fulio Roiter et Luc de la Haye. J’ai choisi d’en exploiter une du premier photographe qui travaille sur le noir et blanc. Je n’ai (encore une fois) pas la photographie mais pour vous donner une idée, j’ai choisi d’écrire sur une photo représentant un paysage enneigé d’où émergent quelques brins d’herbe.

Bonne lecture !


Ce qui nous attrape d’abord, c’est le noir. Ce sont les traits qui s’élancent et qui se courbent qui créent l’image. Ce sont eux qui nous murmurent les mots. Le noir s’impose et nous retient, il pétrit l’histoire et nous la livre sans qu’on ne l’ait réclamée.

Trois tiges farouches osent braver la gravité et tendre vers l’infini, conquérantes visant les étoiles. Les autres, trop timorées, coulent vers le sol, comme pour s’y enfoncer et retrouver la sérénité de la graine. Craignent-elles d’échouer à tutoyer le ciel ? Ou préfèrent-elles s’épanouir dans l’ombre de leurs glorieuses voisines ?

Quand enfin le regard s’est abreuvé de ces fines herbes noires, une fois qu’il n’a plus soif de découvrir leurs limites et leurs espoirs, lorsqu’il s’est rempli de leur avenir, il peut alors découvrir le blanc.

Le blanc empoisonne doucement l’iris, le brûlant par son froid et l’aspirant dans son néant. Il n’est rien mais il est tout. Il joue avec le noir tout en lui refusant le droit d’exister. Il est arrière plan mais il est central. Il aveugle et il attire.

La neige se fait manteau et obstacle. Elle enrobe l’herbe pour mieux se mettre en avant. Elle agresse les yeux. Elle apaise les sens.

Les minuscules flocons qui se sont agglomérés sur l’herbage cherche à avaler toutes les formes du paysage, à gommer toutes les aspérités de la terre, à ensevelir tous les indices du passé. L’herbe se révolte et pousse inlassablement, s’extrayant de la couche blanche qui l’enrobe, luttant pour survivre jusqu’au redoux.

 

Phrases du jour – S3 – Échappée du quotidien désabusé

26-10-15 : S’évader dans une contrée qu’on n’oserait inventer et s’y enfoncer pour l’éternité.

27-10-15 : Nager dans une goutte de rosée pour y boire le nectar des matins brumeux de demain.

28-10-15 : Capturer la joie qui pétille dans les yeux d’un inconnu afin d’éteindre les braises de nos peurs lancinantes.

29-10-15 : Sauter à pieds joints dans le plein du vide ; s’éclabousser d’un rire silencieux.

30-10-15 : Consolider ses rêves et réparer ses espoirs fragiles.

31-10-15 : Avaler à grandes gorgées l’air ambiant pour s’imprégner des émotions qui y baignent.

01-11-15 : Se blottir dans les roulades cotonneuses de l’imagination et y revivre – enfin.

Écrire au 21ème siècle – Semaine 1 – Photographies

Nicole Caligaris, l’écrivaine avec laquelle nous travaillons dans le cadre du séminaire Écrire au 21ème siècle, nous avait demandé, pour cette première semaine, de choisir parmi une collection de photos qu’elle avait ramenée un cliché sur lequel nous aimerions écrire.

Cela devait servir de base à un grand projet commun à tout l’atelier : construire le cabinet de curiosités de Holan Cavendish (un personnage inventé de toutes pièces). Le projet est cependant en discussion, donc peut-être sera-t-il abandonné au cours des prochains ateliers. Affaire à suivre.

Je vous laisse donc découvrir le texte. Ci-dessous, la photographie d’après laquelle j’ai écrit (désolée pour la mauvaise qualité, c’est pris avec l’appareil photo de mon téléphone). Bonne lecture !

IMG_20151013_112452

La photographie m’a interpellé in extremis avant que je ne la piétine. J’eus le temps de dévier mon pied de quelques centimètres et curieux, je m’arrêtai pour observer ce rectangle aux bords déchirés. Une femme, assise dans un fauteuil de jardin en toile, lit un livre sur un arrière plan champêtre.

Etait-ce le chant des arbres qui m’avait alerté ou bien la promesse de langueur concentrée dans les quelques centimètres de papier glacé ? D’où pouvait bien provenir cette photographie ? Etait-elle tombée d’un portefeuille ? Avait-elle était jetée d’une collection ? Arrachée d’un album de souvenirs ?

Je n’en savais rien mais j’étais désormais fasciné par ce morceau de papier glacé qui tendait vers moi la parcelle de vie qu’il immortalisait et dont le cadre aspirait mon regard.

La femme est le point central de la photographie. Le récit semble la détendre. Mais il ne pourra pas combler les sillons qui se tracent au coin de ses yeux et de sa bouche, seulement les adoucir.

Elle s’est probablement installée dans son jardin, par une matinée d’été, profitant d’un moment de répit entre les bousculades de l’imprévu et de la routine. Le livre qu’elle tient est son abri de papier, la source dans laquelle elle puise la force d’affronter les aléas de la journée.

Je me penche pour ramasser la photographie. Lorsque je la toisais de ma hauteur, je n’en saisissais pas les détails. Maintenant, une odeur de tarte aux myrtilles m’enivre tandis que je découvre le titre du livre que tiens cette femme. Journal d’un curé de campagne. Je peine à déchiffrer le nom de l’auteur, déconcentré par les cris des enfants qui se chamaillent à l’étage. Georges … Georges Quelquechose.

Ma main me démange et je sens presque le grain du livre contre la pulpe de mes doigts. Le cliquetis des bracelets de Mama Ana résonne dès qu’elle tourne une page, comme une ritournelle paresseuse qui me berce et m’entraîne plus profondément dans un souvenir immortalisé. Ricardo vient de pousser Léona. La petite pleure. Mama Ana ne s’en soucie pas. Elle lit. Que Papa Alfonso s’en débrouille.

Sa grosse voix tonne dans les escaliers. Il exige que le bazar cesse immédiatement ou alors, les claques vont pleuvoir. Si le chant des cigales s’interromps, le temps de laisser Papa Alfonso gronder les petits enfants turbulents, la respiration légère de Mama Ana ne s’affole pas. Elle oublie le temps, elle oublie la vie. Elle lit.

Soudain, elle ferme son livre d’un coup sec. Comme si une horloge interne venait de la prévenir qu’il était l’heure d’aller sortir la tarte du four, elle se lève. Fin de sa parenthèse dorée. La vie reprend son œuvre.

J’allais suivre Mama Ana jusqu’à la cuisine et peut-être lui quémander une part de son dessert aux myrtilles lorsqu’on me bouscula, un coup d’épaule maladroit mais trop parfaitement ajusté qui me tira de mon analyse iconographique.

Je fusillai du regard l’homme qui m’avait arraché de ma contemplation. Je ne reçus pas un mot d’excuse, pas un geste désolé. Seul son dos me fixait, hautain et majestueux, ignare de son acte cruel.

Je fourrai le rectangle de papier photo dans ma poche. Je savais que le charme était rompu. Pour le moment du moins. J’attendrai d’être dans un endroit plus calme pour me replonger dans ce souvenir d’été de Mama Ana.

Phrases du jour – Semaine 2 – Sonorités bousculées

19-10-15 : Cric et craque quand claque et clic.

20-10-15 : Vent d’antan fend les rangs en chantant et pend le temps lent.

21-10-15 : Fruit du plaisir, frivole envol, frappe le sol, frotte les rires.

22-10-15 : Fouille la rouille qui te souille pour en sortir les sourires de ton avenir.

23-10-15 : Feints ta vie, vis des fins ; plies en vain, vaincs des plis.

24-10-15 : Amour sourd qui court, trop lourd, et le jour devient gourd.

25-10-15 : Vend du rêve ou rêve du vent : promesse qui s’affaisse et qui blesse.