A la manière de B.S. Johnson

Le dernier texte que j’ai rendu dans le cadre du séminaire Ecrire est inspirée de RAS Infirmière-Chef de B.S. Johnson. Cet œuvre se passe dans une maison de retraite et nous montre la même scène sous les regards de chacun des résidents, aux esprits plus ou moins attaqués par la vieillesse.

J’ai donc tâché d’écrire la même scène vue par six personnages d’une même famille. Vous trouverez avant chaque vision de la scène une description brève des personnages (comme on pouvait en voir dans RAS Infirmière-Chef). Je ne sais pas si le blog va très bien rendre la mise en page de mon document word, donc si vous avez besoin, demandez moi en privé le document original 😉

 


 

 

Nom : Sophia Durand.

Âge : 41 ans.

Place dans la famille : mère

Situation professionnelle : directrice commerciale

Aime : le tennis, le bricolage, les chiens, la bière, les barres de céréales aux fruits rouges.

N’aime pas : le ménage, le jardinage, le hard rock.

 


 

 

J’aime le tennis. J’ai toujours aimé ça. Quand j’avais cinq ans, mon père m’a acheté ma première raquette. Le fait qu’il s’est suicidé quelques semaines plus tard n’est sûrement pas anodin dans ma passion. J’essayais probablement de me raccrocher à son souvenir en pratiquant ce sport. J’aurais peut-être même fini par devenir sportive professionnelle si une première blessure au collège ne m’avait pas obligé à freiner la cadence de mes entraînements, puis, si une seconde à l’université ne m’avait pas fermé à tout jamais la perspective de cette voie.

Depuis cette époque, je continue de vouer un amour total au tennis. Je ne peux plus le pratiquer sans risques mais j’ai encore le droit de vivre ma passion au travers du petit écran, et c’est un plaisir que je ne me refuse pas. Confortablement installée dans mon canapé, le dos calé contre un coussin, les jambes étendues sur la table basse du salon, la télécommande en main, je suis prête à me laisser glisser dans une nostalgie bienfaisante et à m’abandonner aux souvenirs sur le rythme de la balle frappant le court de terre battue.

Et voilà. Arthur réclame un service. C’est à chaque fois la même chose. On ne peut jamais se détendre tranquillement dans cette foutue baraque. Y a toujours un truc qu’on n’a pas fait et qui demande à être exécuté dans l’urgence. Comme si on ne pouvait pas prendre quelques minutes pour souffler un peu entre deux jours de boulot.

Est-ce que ça va rendre malade cette étagère si je ne la pose pas tout de suite ? Elle attend dans la poussière du placard depuis maintenant six mois. Je ne pense pas que se morfondre un jour de plus ou de moins dans le noir va changer quelque chose à sa vie.

Est-ce un crime de vouloir regarder un match de tennis ? Personne ne risque de mourir. Le seul cadavre qui pourrait résulter de cette activité, c’est celui de la bouteille de bière que j’aurais aimé m’enfiler en paix. Mais si j’ose me lever pour aller en chercher une, je risque de déclencher une pluie de reproches.

Oh, et puis après tout, flûte ! Je ne suis plus une gamine. Je pouvais craindre les réprimandes de ma mère et les coups de pied au cul de mon père quand j’avais cinq ans parce que j’avais tâché ma nouvelle robe, chipé un gâteau pour le grignoter entre les repas ou cassé la vitre du voisin en jouant au foot avec les copains. Je pouvais recevoir des mauvaises notes ou des punitions de la part de mes professeurs quand j’étais en classe lorsque je n’avais pas appris ma leçon, que j’avais trop bavardé ou lâché un gros mot à l’encontre d’un de mes camarades. J’acceptais les discours moralisateurs de mon patron, ses réflexions désobligeantes sur ma façon de travailler et ses regards indécents à l’époque où j’étais une jeune stagiaire de vingt ans.

J’ai quarante et un ans aujourd’hui et mon mari n’a aucun droit de m’imposer ces décisions. Si j’ai décidé que j’avais envie de poser une étagère, je la poserai. Si j’ai décidé de regarder un match de tennis, je le regarderai. Si j’ai décidé de siroter une bière tout en faisant l’une ou l’autre de ces activités, qui va m’en empêcher ? Si quelqu’un veut que cette étagère soit accrochée au mur aujourd’hui, il n’a qu’à aller chercher les outils sur mon établi et le faire lui-même.

Et ça y est, je me suis à peine levé du canapé que déjà, on me demande où je vais. La célèbre réponse « dans ton cul ! » effleure mes lèvres mais je la contiens. Peut-être n’est-ce pas vraiment un reproche qui repose sous la question, mais plutôt une banalité exprimée par réflexe ? Toujours est-il que je me décide à donner quelques détails pour avoir la paix.

Comme je m’y attendais, ma réponse entraîne une avalanche de réflexions. Qu’est-ce que je déteste quand il prend cet air condescendant avec moi ! Il se prend pour qui, sérieusement ? Ce n’est pas mon père et si je décide de boire une bière, j’irai en boire une, quelque soit le problème que ça lui pose. On dirait mon professeur de mathématiques du collège, avec son petit air renfrogné et cette lueur choquée dans les yeux. Il ne lui manque que des petites lunettes rondes vissées sur son nez et une haleine de chacal pour parfaire la ressemblance.

Alors que je tourne ostensiblement le dos à mon mari, pour bien lui montrer à quel point je me fichais totalement de ce qu’il pensait, je me cogne dans quelque chose. Ne me rappelant pas avoir placé un quelconque meuble dans cet endroit de la pièce, je baisse les yeux et découvre Yolanda, les fesses par terre, l’air stupéfait.

Je me baisse pour aider ma fille, qui a hérité son prénom d’une époque où j’étais encore trop amoureuse et trop crédule pour aller à l’encontre des décisions de mon mari, à se relever et, comme d’accoutumée, les reproches s’écroulent sur mon dos. Non, ce n’est pas parce que je me fiche des autres membres de cette famille que la petite est tombée par terre. Non, je n’ai pas eu l’intention de l’écraser, je ne l’ai juste pas vue. Non, je ne suis pas un monstre d’égocentrisme, je voulais juste aller chercher une bière dans le frigo et si je suis entrée en collision avec Yolanda, c’est uniquement parce qu’on a détourné mon attention en me demandant où j’allais.

Avachi dans une posture qui promet une belle scoliose dans les mois à venir, Félix est en train d’envoyer des textos tout en ricanant, ce qui dévoile son appareil dentaire. Il a le regard rivé sur son portable, mais je sais très bien qu’il se fout de notre gueule, à son père et moi. Je lui demande donc de se tenir droit et de nous montrer plus de respect. Mais au lieu de me soutenir, Arthur se met à me reprocher de mal parler à mon fils, ce qui est quand même un comble. Le gamin se moque ouvertement de moi mais cela semble normal.

Donc, si je fais le compte, je n’ai plus le droit de regarder mes matches de tennis, de boire une bière, de bousculer ma fille ou de reprendre mon fils. Parfait. Si je suis de trop dans cette maison, autant que je fasse mes valises tout de suite. Bientôt, même le chien aura le droit de m’aboyer dessus sans que ça ne choque personne.

Excédée par tout ce cinéma, je quitte la pièce sans prendre garde aux larmes de Yolanda, toujours sur le sol, ni à celles de Roméo, dans son couffin. La porte claque derrière moi, alors qu’Arthur est en plein milieu d’une phrase, et tandis que je me dirige vers ma chambre, je crois entendre le bruit de l’étagère qui tombe sur le sol du placard.

 


 

 

Nom : Arthur Durand.

Âge : 38 ans.

Place dans la famille : père

Situation professionnelle : père au foyer (ex-facteur)

Aime : la cuisine, ses enfants, la course à pied, les revues sportives, les épices

N’aime pas : le rhum, les mathématiques, le caramel

 


 

 

Le lave-vaisselle est lancé. La table est débarrassée. Les restes sont au frigo. Roméo dort dans son couffin, loin du bruit mais toujours à portée de ma vue. Le balai a été passé. La liste des courses est prête. Le courrier a été rapidement trié – papiers importants rangés, publicités à la poubelle. Qu’est-ce que j’oublie ?

Le repassage. C’est le repassage que je dois faire. Les affaires s’entassent dans le placard de l’entrée. Il est temps que je m’y mette si je ne veux pas me laisser déborder. Les tournées de linge ont remplacé mes tournées de facteur. Le travail me manque un peu, parfois, même s’il y a largement de quoi occuper mes journées à la maison. Les collègues aussi. Je ne regrette pas le froid piquant, le vélo qui grince et la sacoche qui déborde. Mais si on me proposait un emploi, je ne dirais pas non.

Alors que je prends une pile de vêtements, mon regard tombe sur l’étagère que Sophia doit poser depuis des mois dans le bureau, pour qu’on puisse stocker les bibelots qui traînent en vrac sur les meubles en hauteur. Lorsque je reviens dans le salon, je lui rappelle qu’elle avait promis d’accrocher cette étagère au mur.

J’ai l’impression d’avoir proféré une énormité, un peu comme lorsque j’avais seize ans et que j’ai demandé à mes parents si je pouvais avoir une mobylette. Mon père avait accepté mais ma mère s’était insurgée contre l’idée. Le ton était monté, les assiettes avaient valsé à travers la pièce et j’avais regretté d’avoir évoqué le sujet.

Cette fois, la vaisselle est soigneusement rangée dans les placards et rien n’est dit, mais je sens bien que Sophia est agacée par mon rappel. Elle souffle, fronce les sourcils, affiche une moue râleuse. Comme si je lui avais demandé de me décrocher la lune en pleine journée.

C’est elle la bricoleuse de la maison et elle s’est engagée à remplir cette tâche il y a pratiquement un an. Je sais qu’elle travaille dur la semaine pour rapporter un salaire décent mais je ne suis pas en reste : c’est moi qui m’occupe de toute la maison depuis que je suis au chômage. J’estime donc que puisqu’elle s’est engagée à le faire, elle doit tenir sa promesse. Je ne demande pas grand-chose, je me charge de tout ce qui est ménage et activités liées aux enfants (réunions parents-profs comprises).

Je ne pense pas que poser une étagère prenne tant de temps que ça. Je ne m’y connais pas très bien, mais il suffit simplement de visser des supports au mur et de poser dessus la planche en bois pour que l’affaire soit faite. Je ne demande pas à ce que la tâche soit effectuée dans la minute, je sais que Sophia adore les matches de tennis, surtout depuis qu’elle ne peut plus le pratiquer. Mais qu’elle pense au moins à le faire une fois que les sportifs auront quitté les pixels de l’écran. Cette étagère attend depuis trop longtemps.

Je m’attelle au repassage tout en jetant un œil distrait vers la télévision lorsque je vois Sophia qui se lève. A la fois confus et ravi qu’elle se décide enfin à faire ce que je lui ai rappelé, je ne peux m’empêcher de lui demander où elle va. La question est sortie automatiquement, sans que j’aie le temps de la retenir, sous le coup de l’émotion. Et pour une raison obscure, elle déplaît à Sophia. Je le vois bien dans son regard sombre et sa bouche tordue. Elle me répond platement mais je sais qu’à l’intérieur, elle bout.

Son énervement me déteint dessus. En quoi a-t-elle besoin de prendre une bière alors qu’on vient de finir de manger ? Veut-elle finir alcoolique comme sa mère et foncer dans un arbre un jour où elle aura bu le verre de trop ? Il n’y a rien de vital là-dedans, elle peut très bien s’en passer. Quel exemple donne-t-elle aux enfants, avec sa bouteille à la main ? Félix va bientôt rentrer dans cette période où il sera tenté de se prendre des cuites tous les week-ends avec ses copains. Ne faudrait-il pas commencer à lui parler des dangers de l’alcool ? A le responsabiliser à propos de ça ?

Evidemment, je me permets de lui donner des conseils alors que nous sommes sur un même pied d’égalité, mais ce n’est pas pour l’enfoncer, mais bien pour la faire réagir. Pourquoi ne comprend-t-elle pas que je puisse m’inquiéter pour elle ? Que je ne pense qu’à son intérêt ?

Elle prend la mouche, comme toujours, et fait volte-face alors que je suis encore en train de lui parler. Je suis persuadé qu’elle fait ça uniquement pour me provoquer, pour que je m’énerve et que je perde ma crédibilité. Mais je ne lui donnerai pas ce plaisir. Tout du moins, je n’en avais pas l’intention jusqu’à ce que dans sa précipitation à me tourner le dos, Sophia ne fasse tomber Yolanda, qui s’étala par terre dans un bruit sourd.

Ce fut le bouchon qui fit déborder le vase. Ou bien la goutte d’eau qui fut poussée trop loin. Dans mon inquiétude et ma colère, je réagis trop vivement. J’étais depuis longtemps persuadé que Sophia n’aimait pas Yolanda parce que j’avais insisté pour qu’elle porte le prénom de ma grand-mère, décédée la même année. Le comportement rebelle de ma femme ajouté à la bousculade de ma fille me fit voir rouge.

Alors que Sophia se penchait pour aider Yolanda à se relever, je lui reprochai de ne jamais prêter attention au reste de la famille. C’était un peu exagéré mais j’étais porté par mon agacement. Ma fille ne semblait pas s’être fait mal mais si Sophia avait été plus attentive à son environnement au lieu de ne penser qu’à elle, elle se serait rendue compte que Yolanda venait réclamer un câlin. Notre dispute réveilla Roméo, qui se mit à pleurer.

Le comble survint quand Sophia, qui ne devait probablement pas savoir quoi répondre à mes reproches totalement justifiés, décida de s’en prendre à Félix, qui n’avait rien à voir avec toute cette histoire et dont le seul tort était de rire, probablement à l’une des blagues que l’un de ses copains lui avait envoyé par SMS. Ma femme cumulait beaucoup de torts depuis quelques minutes et celui-là était définitivement de trop. Je pris aussitôt la défense de mon fils, même s’il n’était pas dans mes habitudes de m’opposer à Sophia à propos de l’éducation.

Madame se drapa donc dans sa dignité et alors que j’étais en train de lui parler, elle quitta la pièce en faisant claquer la porte du salon, sans prêter attention à son fils qui pleurait, sa fille en larmes sur le sol ou son mari qui tentait de s’expliquer avec elle.

 


 

 

Nom : Félix Durand.

Âge : 14 ans.

Place dans la famille : fils aîné

Situation professionnelle : collégien

Aime : les SMS, son téléphone, le hard rock, les fast-food, les films d’horreur.

N’aime pas : les légumes, l’autorité, les devoirs.

 


 

 

Félix dit à 13h27:

Wesh tu va bi1 ?

Jérôme dit à 13h29 :

Sa va et toi ?

Félix dit à 13h29:

Sa va trankil tu fé koi?

Jérôme dit à 13h30 :

Mes devoir lol

Félix dit à 13h31 :

Srx?

Jérôme dit à 13h31 :

Nan jdec. Jmate la TV et toi?

Félix dit à 13h32:

Jvoulé fer la mm mé ma reum veu maté du tenis

Jérôme dit à 13h33 :

Ah la merde ! C pas de chance

Félix dit à 13h33 :

C relou oué.

Jérôme dit à 13h34 :

Ta qu’a faire ton DM de math pour t’occupé lol

Félix dit à 13h35 :

Lol tu rèv

Félix dit à 13h37 :

Et, changeman de plan, mon daron vi1 2 dir à ma reum dallé posé 1 étagèr

Jérôme dit à 13h38 :

Sérieux? Pourquoi il ne le fait pas lui mm?

Félix dit à 13h39 :

On né o 21 siècle mec, c les meufs qui poz les étagèr main tenan

Jérôme dit à 13h40 :

Ouais, c’est sûr, mais quand mm. Il pourrais le faire lui mm, il travaille pas ton père?

Félix dit à 13h41 :

Nan il travail + depui 2 an mé c ma reum ki fé sa

Jérôme dit à 13h41 :

Ok.

Félix dit à 13h45 :

MDR il son en train 2 sengueler!

Jérôme dit à 13h46 :

MDR à cause de l’étagère?

Félix dit à 13h48:

Oué et ma reum voulé osi prendr 1 bière et mon daron voulé pas, tro MDR!

Jérôme dit à 13h49 :

Heu! Ils sont graves chez toi!

Félix dit à 13h50 :

Famill de ouf, jte jur. Si ma reum veu 1 bièr, L fé skel veu, c pa mon daron ki commande

Félix dit à 13h51:

EXPLDRRRRRRRRRRRRRRRR

Jérôme dit à 13h52 :

Quoi?

Félix dit à 13h53:

Y a ma sœur ki vené ver ma reum et ma reum la fé tombé par tere, ct tro excellan!

Jérôme dit à 13h54:

Elle sait pas fait mal ? lol T’aurait du filmé et envoyé sur internet pour le buzz!

Félix dit à 13h55 :

Joré su, sur la tete de mon iench’, joré filmé!

Jérôme dit à 13h55:

Tu m’étonne! J’aurait voulu voir sa!

Félix dit à 13h59 :

Wala mec, ma reum a voulu me défoncé!

Jérôme dit à 13h59 :

Sérieux?

Félix dit à 14h00 :

Jte jur, L voulé menbrouillé parce ke jrigolé, tro 1 dictatrice, koi!

Jérôme dit à 14h02 :

J’avoue! Elle pensais ptet que tu te foutait de sa gueule?

Félix dit à 14h03 :

Chsé pa mé mon daron la calmé direct

Jérôme dit à 14h04 :

Tain, c’est des oufs chez toi.

Félix dit à 14h05 :

Carréman du cou ma reum se barre g la TV pour moi

Félix dit à 14h06 :

Mn frèr chial min tenan c tro chian il fé 1 conser ac ma seur ki chial osi

Jérôme dit à 14h09 :

On se fait une partie en ligne?

Félix dit à 14h10 :

Oué j’arriv

 


 

Nom : Yolanda Durand.

Âge : 7 ans.

Place dans la famille : fille cadette

Situation professionnelle : élève de CE1

Aime : son papa, sa maman, ses poupées, sa copine Iris, le dessin.

N’aime pas : la géographie, le noir, les avions

 


 

 

Moi, j’aime le dessin. Et même que je vais faire des guirlandes partout dans ma chambre pour l’anniversaire de Vanessa.                                       Faut que je retrouve mes crayons de couleur …. Où est-ce qu’ils sont ?

 

Vanessa, c’est ma poupée que j’ai eu pour mes quatre ans. Au début, je l’avais appelé Cassandra, et puis, j’ai changé d’avis parce que Vanessa, c’est mieux.                             Est-ce que j’ai mis ma boîte de crayons dans mon bac à dessin ?         Non.                   On peut lui changer ses habits, on peut la coiffer et même qu’elle a un biberon spécial pour qu’on la fasse boire.                            Il est cassé depuis longtemps mais c’est pas grave, je l’utilise encore.

 

Ah oui, je me rappelle maintenant. Je l’avais mise sous mon lit. Ah en fait, non.

 

Ma copine Iris, elle est un peu jalouse de ma poupée. Elle en a pas des aussi biens. Moi, je l’aime bien, Iris, mais jamais je lui prêterai Vanessa. Elle est juste à moi.                              Où est-ce que j’ai mis mes crayons ? Faut que je fouille tous mes bacs.              Iris, elle a des cheveux blonds longs, longs, longs, ils lui arrivent jusqu’aux fesses et sa maman, elle lui fait souvent des belles coiffures, avec de jolis rubans dans les cheveux.

Moi, maman, elle a pas le temps de me faire ça parce qu’elle part tôt le matin, et papa, il sait pas faire les nattes, alors j’ai jamais de jolies coiffures et ça me rend jalouse.

Trouvés ! Avec mes jeux de société !

 

Même que pour l’anniversaire de Vanessa, je voulais inviter Iris, elle aurait ramené des poupées à elle et on aurait fait semblant que c’était les copines de Vanessa et on aurait fait un goûter.                                       Ah ouais, je pourrais faire des guirlandes de bonbons partout aussi !

Mais maman, elle veut pas que j’invite mes copines à la maison le week-end parce qu’elle veut se reposer et le mercredi, Iris, elle va chez ses grands parents.

Alors tant pis, je prendrais mes peluches pour faire semblant que Vanessa, elle a des amis.

 

Je vais lui faire des guirlandes roses et mauves. Et des jaunes et bleues aussi.

 

Je m’installe sur le petit bureau que j’ai eu à mon dernier anniversaire.                                                                  Je regarde dans mon cartable mais je n’ai pas de feuilles blanches.                      Faut que j’aille en chercher dans l’imprimante de l’ordinateur.

Maman aime pas trop quand je fais ça, elle dit que je gaspille, mais papa me dit toujours que j’ai le droit de faire du dessin si j’aime ça.

 

Si j’ai le temps, je ferai aussi des grands dessins partout avec des gâteaux et des bougies, et je marquerai « Bon anniversaire » dessus et faudra pas que je fasse de fautes, alors je demanderai à papa si j’ai bien écrit avant de tout recopier.

 

Y a Flaubert qui dort dans son panier quand j’entre et je le vois bouger les oreilles quand je passe à côté de lui.                                                     Il ouvre pas les yeux mais je sais qu’il m’a entendu arriver.

 

J’aime bien Flaubert, c’est un gentil chien.

 

Mais j’ai pas le temps de m’occuper de lui parce que je dois aller chercher mes feuilles et si il dort, c’est qu’il est fatigué et papa me répète tout le temps de le laisser se reposer tranquillement.

 

Je vois l’imprimante, à moi les feuilles !

 

Roméo dort dans son couffin et j’aimerais bien m’occuper de lui mais papa et maman disent que ce n’est pas une poupée et qu’il ne faut pas jouer avec parce qu’il est fragile et petit mais je voudrais bien qu’il soit déjà grand pour pouvoir jouer avec lui.

Parce que Félix, il est grand mais il est bête et il se moque de moi tout le temps.

 

Papa et maman se disputent, ils parlent fort et méchamment.

 

Je me fais toute petite et j’avance discrètement vers l’imprimante, mais je suis obligée de passer à côté de maman parce qu’il y a un meuble en plein milieu du passage.        Et quand maman se retourne, elle me bouscule, parce qu’elle devait pas m’avoir vu, comme elle était en train de regarder papa.                          Alors, moi, je m’y attendais pas, et je tombe en arrière, sur les fesses.

 

Maman se penche pour m’aider à me relever et moi, j’hésite entre pleurer et rire, parce que je suis surprise et que je sais pas quoi faire.

 

Y a Félix qui rigole. C’est un crétin. Il se moque de moi encore.

 

Papa recommence à s’énerver et maman lui répond.                                    Elle oublie de me relever du coup et moi, je reste les fesses par terre, les larmes aux yeux parce que j’aime pas quand papa et maman se disputent et aussi parce que j’ai un peu mal aux fesses et parce que ça m’énerve que Félix se moque de moi.                                  Je voudrais bien qu’il se fasse gronder mais quand maman commence à le disputer, papa lui dit que Félix n’a rien fait et que ça ne sert à rien de lui faire des réflexions.

 

J’aime pas quand ils se disputent.

 

Roméo commence à pleurer.                                     Moi aussi, je pleure.

Félix rigole toujours.

 

Maman s’en va en claquant la porte.

 

 


 

 

Nom : Roméo Durand.

Âge : 13 mois.

Place dans la famille : fils benjamin

Situation professionnelle : –

Aime : son papa, sa maman, son doudou, le biberon, les petits pots au potiron

N’aime pas : le bain, les chaussettes, la banane

 


 

 

Chaud

 

 

Doudou

 

 

Câlin

 

 

Biberon     Miam

 

 

 

Papa ?

 

 

Maman ?

 

 

 

Maman !

 

 

Papa ?

 

 

Papa colère

 

Maman colère

 

Pas moi bêtise

 

Câlin ?

Câlin ?

Câlin ?                                        Câlin ?

 

Papa colère Maman colère

 

Pas moi bêtises

 

Triste                                                  Triste

Triste                                                              Triste

 

Câlin ?

 

 


 

 

Nom : Flaubert

Âge : 10 années humaines – 60 années canines

Place dans la famille : animal de compagnie

Situation professionnelle : ramasseur de balles, dévoreur d’os et semeur de poils

Aime : ses maîtres, le gras sur les os, les balles, son panier, les caresses

N’aime pas : le bain, les jouets qui couinent, la pluie.

 


 

 

Repas était bon.                                                                    Pas d’os gras. Dommage.

Croquettes au bœuf. Préférées de Flaubert.

 

 

Sieste avant balade après-midi.

Qui va emmener Flaubert ?                                       Maître ?

Maîtresse ?                                         Petit maître ?                                                  Petite maîtresse ?                                                                          Soleil, c’est mieux.

Pluie efface odeurs. Et pluie raccourcit balade.

 

 

Coussin sent pas odeur Flaubert.                                                      Maître a du mettre dans machine qui efface odeurs.

Pas sommeil.                                                 Trop de bruits.                                               Soupir.

Sommeil.                                                                   Comme tout petit maître.

 

 

Maître et maîtresse parlent.                                                                                                                                                            Voix donnent sommeil.                                             Mais trop de mouvements !                           Oreilles qui se dressent.                                 Œil qui s’ouvre.                                  Maîtresse qui se lève.             Balade ?

Tête qui se lève.                                                         Tête qui se repose.

Maître et maîtresse parlent.                Pas laisse. Pas balade.

 

 

 

Maître et maîtresse parlent fort.                                            Pas sommeil.

Tout petit maître va se réveiller.                                Trop fort.

 

Tête qui se lève vite.              Petite maîtresse tombée.                    Pas triste.

Pas mal.                                                         Maîtresse veut la relever.                                                       Flaubert peut dormir.

 

 

Maître parle.   Maîtresse parle.              Tout petit maître se réveille. Flaubert avait dit.

 

Oreilles qui se tendent.          Maître et maîtresse se disputent.                                                                  Flaubert aime pas disputes.                Flaubert est triste.

 

Petit maître rit.                                               Flaubert aime rires.

Maîtresse gronde petit maître.                       Maître gronde maîtresse.

Petite maîtresse pleure.                                  Flaubert est triste.

 

Maîtresse claque porte.                      Pas balade.

 

 

Tout petit maître pleure.                                Personne pour câlin.                           Flaubert voudrait faire câlin.            Tout petit maître a peur de Flaubert. Flaubert peut pas.

 

Flaubert voudrait aboyer pour prévenir maître et maîtresse.

 

Flaubert n‘a pas le droit d’aboyer pour rien.

 

Qui va consoler tout petit maître ?

 

Porte claque.                                                              Silence.

Flaubert est triste.

 

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