La genèse de Charnières rouillées

Pour célébrer le début de ce troisième semestre de Master, pour accueillir les nouveaux arrivants de première année et surtout, pour perpétuer la tradition, un workshop de rentrée était organisé. Cet événement était dirigé par Alain Farah, un écrivain québécois ultra sympathique, à la passion motivante, doté d’un humour frais et apaisant. Ses ouvrages sont dans un genre d’autofiction particulier, parfois mêlé de science-fiction, toujours percutants.

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Après une matinée de présentation (à la fois des étudiants et de l’intervenant), où Alain m’a surprise avec sa facilité de mémorisation des prénoms (j’en ai été épatée, moi qui lutte toujours avec les patronymes des autres), il a demandé à chacun des participants de choisir un titre sur le vif.

« Charnières rouillées » m’est venu instinctivement. Lorsqu’Alain nous parlait du processus de création littéraire (qu’il enseigne à l’université de McGill, à Montréal), j’avais une image de porte entrebâillée en tête (probablement suite aux divers travaux de bricolage que j’avais effectués avec Greg la semaine passée). Quand mon tour est venu de dévoiler mon titre, je n’ai pas hésité.

Au moment de la pause déjeuner, Alain nous a demandé de nous restaurer mais aussi de commencer à écrire un texte en rapport avec le titre choisi. Moi qui, d’ordinaire, me jette à corps perdus dans une histoire en multipliant les détails inutiles et les fioritures bonnes à balancer à la poubelle, j’ai cette fois décidé de me concentrer sur les images que j’avais eues (largement inspirées de mes récentes aventures de bricolage) lors du discours matinal d’Alain pour en extraire le meilleur.

 

Je me suis donc retrouvée en début d’après-midi avec seulement quelques lignes, non pas romancées comme j’en ai l’habitude, mais plutôt dans une veine poétique, cherchant à jouer sur les mots, sur leur sens, sur leur portée. Ainsi était née la version numéro un de « Charnières rouillées ».

S’en est suivie une version numéro deux, juste après avoir débriefé en demi-groupe nos textes en compagnie d’Alain, durant laquelle j’ai tenté de continuer mon texte en lui ajoutant un « je » narratif. Ce fut un échec, selon moi. Le personnage alourdissait mes pensées autant que mes phrases, les gorgeant de détails inutiles qui menaçaient de m’embourber dans la médiocrité.

J’ai supprimé le « je » lorsque j’ai commencé à travailler sur la version trois. Cette décision a libéré mon texte. Je me suis concentrée sur les images qui me venaient à l’esprit, perdant de plus en plus mes idées de bricolage pour me concentrer sur la métaphore qui naissait entre mes méninges : celle du processus d’écriture, de la crainte d’échouer à créer, de la lutte intérieure pour éjecter de soi les mots qui nous rongent l’âme.

La version trois était donc un concentré de poésie autour d’un thème intime mais était surtout très imparfaite au niveau de son sens. Après l’avoir fait lu à Greg, qui n’a pas compris où je voulais en venir à la première lecture, j’ai compris qu’il me manquait quelque chose pour sortir définitivement ce texte de ma tête. Alain m’a aiguillée en me proposant d’attacher le récit à un registre commun, d’ajouter simplement quelques accroches réelles pour ancrer le texte dans un imaginaire accessible à tous.

De cette façon, et après trente-six heures de travail acharné, j’ai pu finaliser la version quatre, dont la forme me plaît autant que le fond.

 

Cette méthode de travail a bousculé mes habitudes, en me forçant à produire un texte par rapport à un titre, ce qui était nouveau pour moi. Je trouve que c’est un processus douloureux que de résumer un récit en une poignée de mots et c’est ce que je fais en dernier, après un long et intensif creusage de cerveau, pour en arriver à un résultat parfois peu concluant. Cette fois-ci, partir à l’inverse de ma routine m’a permis de puiser en moi des ressources nouvelles, des matériaux que je n’ai pas l’habitude d’exploiter et qui m’ont permis de forger une histoire sous un éclairage neuf.

Je suis fière du travail produit pendant ce workshop et je remercie chaudement Alain pour l’exercice proposé. Entre deux anecdotes personnelles ou littéraires, il nous a poussés à donner le meilleur de nous-mêmes, en nous proposant de suivre une méthode de travail qu’il s’applique à lui-même. J’ai pu sortir du carcan dans lequel je m’enfermais par sécurité et j’ai débloqué des mécanises grippés.

 

Si vous voulez en apprendre davantage sur Alain Farah, vous pouvez non seulement acheter ses livres (Pourquoi Boulogne ?, Matamore N°29, Quelque chose se détache du port) mais aussi suivre ses aventures radio-phoniques « Alain et les extra-terrestres » sur ICI Radio-Canada Première ou via Facebook.

 

Pour ceux qui seraient intéressés de lire les autres textes produits par mes camarades, je vous invite à visiter le site dédié au workshop.

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