Séminaire Ecrire – Semaine 2

Pendant ce séminaire, nous avons travaillé à partir d’images pour produire un texte. Lors de deux premiers exercices, nous avons dû décrire, sans interpréter, ce que nous voyions sur les tableaux projetés sur grand écran. N’ayant pas réussi à remettre la main sur les peintures, je ne vous poste pas les quelques lignes issues de ces deux exercices (on verra si je parviens à les retrouver par la suite ;)).

Nous avons ensuite étudié des photographies de Fulio Roiter et Luc de la Haye. J’ai choisi d’en exploiter une du premier photographe qui travaille sur le noir et blanc. Je n’ai (encore une fois) pas la photographie mais pour vous donner une idée, j’ai choisi d’écrire sur une photo représentant un paysage enneigé d’où émergent quelques brins d’herbe.

Bonne lecture !


Ce qui nous attrape d’abord, c’est le noir. Ce sont les traits qui s’élancent et qui se courbent qui créent l’image. Ce sont eux qui nous murmurent les mots. Le noir s’impose et nous retient, il pétrit l’histoire et nous la livre sans qu’on ne l’ait réclamée.

Trois tiges farouches osent braver la gravité et tendre vers l’infini, conquérantes visant les étoiles. Les autres, trop timorées, coulent vers le sol, comme pour s’y enfoncer et retrouver la sérénité de la graine. Craignent-elles d’échouer à tutoyer le ciel ? Ou préfèrent-elles s’épanouir dans l’ombre de leurs glorieuses voisines ?

Quand enfin le regard s’est abreuvé de ces fines herbes noires, une fois qu’il n’a plus soif de découvrir leurs limites et leurs espoirs, lorsqu’il s’est rempli de leur avenir, il peut alors découvrir le blanc.

Le blanc empoisonne doucement l’iris, le brûlant par son froid et l’aspirant dans son néant. Il n’est rien mais il est tout. Il joue avec le noir tout en lui refusant le droit d’exister. Il est arrière plan mais il est central. Il aveugle et il attire.

La neige se fait manteau et obstacle. Elle enrobe l’herbe pour mieux se mettre en avant. Elle agresse les yeux. Elle apaise les sens.

Les minuscules flocons qui se sont agglomérés sur l’herbage cherche à avaler toutes les formes du paysage, à gommer toutes les aspérités de la terre, à ensevelir tous les indices du passé. L’herbe se révolte et pousse inlassablement, s’extrayant de la couche blanche qui l’enrobe, luttant pour survivre jusqu’au redoux.

 

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Ecrire – Semaine 1 – Cinéma

Nicole Caligaris nous a proposé pour cette première séance de travailler sur le cinéma au travers d’un exercice qui m’était plus ou moins familier. En effet, l’année dernière, pendant le séminaire Ecrans de Papier, Claire Cornillon nous avait proposé d’étudier l’oeuvre de Tanguy Viel, Cinema, qui est en fait la décortication littéraire du film Sleuth.

 

Nicole Caligaris nous a donc projeté un extrait du film japonais Goyokin et nous a demandé d’écrire ensuite un texte en rapport avec cet extrait (en précisant que nous pouvions nous concentrer sur un court passage). Ainsi, est né ce premier texte dans le cadre de ce séminaire, que je vous propose de découvrir ci-dessous.


Elle avance à travers les arbres de la forêt, ses pieds s’enfonçant dans la neige. Elle avance mais son regard est attiré par la procession que nous avons suivie tout au long du générique. Elle revient en arrière et accourt jusqu’à la lisière du bois où elle s’arrête, émerveillée.

On ne sait pas qui elle est mais on se doute que cette jeune femme, vêtue d’une cape, a son importance dans le récit qui va suivre. Un pressentiment souligné par l’indication qu’elle nous donne dans sa première phrase, soufflée avec ravissement : la procession du générique est en réalité un cortège nuptial.

Elle finit par en détacher son regard, non sans avoir soupiré son désir d’être bientôt, elle aussi, mariée. Elle se détourne et reprend son chemin à travers la neige. Sa candeur s’accorde avec la neige qui l’entoure et l’on se prête à croire un instant à un récit léger, porté par la joie qui irradie de cette protagoniste.

Puis, le corbeau apparaît, plumes noires sur le sol immaculé, contraste saisissant autant que présage inquiétant.

La neige crisse sous les pas de la jeune femme. Le vent souffle par à-coups lancinants. La scène semble figée, en attente de la suite des événements, une continuation que les corbeaux qui se massent dans le village annoncent sombre.

Elle ne semble pas réaliser la présence des corbeaux avant d’être confronté au vide qui règne dans son village. Tout de suite, le spectateur est interpellé par le désert auquel l’image nous confronte et un début de réponse fait son chemin dans les esprits. Chez elle aussi, probablement, la réponse commence à apparaitre, une fois la surprise passée. Mais elle la refuse.

On aperçoit un filet de pêcheur. Autre symbole du piège qui se referme sur cette jeune femme ? Elle ne veut pas croire ce que ses yeux voient et ce que son cœur lui chuchote. Elle se précipite vers une première maison et scande un nom, un pur appel de détresse pour rompre le cauchemar qu’elle vit. On ne connaît pas les personnages qu’elle appelle mais l’on devine que ce sont des proches, au vu de l’empressement et du désarroi avec lequel elle traverse le village.

Nouvelle maison. Nouvel appel. D’abord murmuré, puis crié, comme si la force de sa voix allait faire surgir ceux qu’elle a peur de ne jamais revoir. L’angoisse est palpable. Les murs retiennent leurs souffles.

Les corbeaux l’observent. Sans bruit. Il n’y a plus aucun bruit, d’ailleurs. Comme si l’image se trouvait déjà trop oppressante, elle refuse le droit au son d’assombrir le décor, elle le supplie de laisser un peu de répit à cette jeune femme hébétée.

Le silence la tabasse. Nous tabasse. Le spectateur devine et redoute. Elle refuse toujours la vérité. Espère un futur plus clair. N’entrevoit qu’un avenir noir.