Vivre poétiquement

L’un des trois séminaires obligatoire du parcours. Il fallait souvent s’accrocher pour réussir à suivre ce que le prof disait, car il improvisait beaucoup et partait parfois dans des discours philosophiques trop compliqués pour quelqu’un qui, comme moi, fait toujours deux choses à la fois. J’ai pris très peu de notes pendant le cours, mais je tendais toujours l’oreille pour suivre ce qu’il se passait, car mine de rien, certaines réflexions étaient justes et intéressantes.

Nous avons suivi trois auteurs pendant les neuf séances :

Marina Tsvétaïeva (Le ciel brûle), une poète russe qui écrit des textes très ponctués, avec un joli travail sur le sens et de belles tournures. Elle traite souvent de sujets assez personnels qui la touche.

Arthur Rimbaud (Illuminations), un poète français dont les textes sont généralement courts, avec un mot pour titre et avec un travail sur le sens des phrases si complexes que parfois, je ne saisissais pas ce qu’il voulait dire (mais il parlait de choses très personnelles qui parfois, s’explique mieux quand on connaît sa vie et parfois … Ne veulent toujours rien dire !)

Li Po (L’immortel buvant seul sous la lune), un poète chinois du 8ème siècle dont les textes décrivent les paysages, comportent peu de ponctuation et sont très sobres et très simples.

Je n’ai pas acheté les trois recueils (parce que je n’avais pas envie de dépenser mon argent là-dedans si on ne travaillait pas plus que ça sur les textes). Je ne peux donc pas vraiment vous donner mon avis sur les lectures, même si j’ai été « forcée » de lire des poèmes pour l’évaluation.

L’évaluation qui pouvait être, au choix :

– un exposé

– un commentaire des textes des trois poètes

– une dissertation sur « vivre poétiquement »

rédaction de trois poèmes Tsvétaïevain, trois poèmes Rimbaldiens et trois poèmes taoïstes

Comme vous vous en doutez probablement, j’ai choisi la quatrième option. Et j’ai vraiment, vraiment, vraiment eu du mal à rédiger les neuf poèmes. Enfin, pour être plus précise, j’ai mis un mois pour me plonger dans la peau de Rimbaud. Moi qui n’écris jamais de poésie, faire comme Rimbaud, c’était pas du gâteau (ça rime, donc c’est vrai !). Quand j’ai fini par accepter que, de toute façon, je n’étais pas Arthur et que je n’arriverai jamais à faire comme lui, j’ai pu avancer un peu mieux. Et comme j’avais écrit six illuminations et qu’il n’y en a que trois qui m’ont convenues, je me suis servie des trois autres pour les poèmes de Tsvétaïeva O:) Quant à ceux de Li Po, que j’ai écrits en dernier, c’était assez étrange car il a un style vraiment différent des autres et c’était presque compliqué de ne pas trop travailler le sens des mots et de décrire « platement » un paysage, sans en rajouter dans le poétique.

Je posterai mes neuf poèmes quand les notes du premier semestre seront données, donc probablement d’ici février, mars au plus tard.

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Poèmes de Tsvétaïeva

Les résultats du premier semestre ont été validés, je vais donc pouvoir poster sur ce blog les différents textes que j’ai rendus dans le cadre des évaluations.

Comme je l’avais dit ici, j’ai choisi de composer neuf poèmes, trois pour chacun des auteurs étudiés pendant le semestre (à savoir Tsvétaïeva, Rimbaud et Li Po).

On commence avec les premiers poèmes, dans le style des poèmes de feu de Tsvétaïeva. Elle a un style très ponctué, avec des phrases parfois coupées. Pour ce qui est des rimes, certaines traductions s’obligent à en faire tandis que d’autres sont plutôt libres. Je n’ai donc pas particulièrement cherché à faire rimer mes fins de phrase.

Bonne lecture !

Poème de la Meute

Les murmures de la forêt se taisent

Lorsque la fourrure s’ébroue. Chut !

Les becs se ferment, les moustaches

Se terrent, les pattes se rétractent.

Pour l’ultime prédateur qui se lève,

Silence et respect – chut !

Le nacre appelle son esclave

Dans la pénombre de la nuit – danger !

Les rubis luisent de pouvoir,

Les dorures brillent d’intelligence,

Les saphirs scintillent de vengeance.

Eclats d’ivoire sur une colline rouge,

Les babines se retroussent – danger !

Les tambours de la folie battent

– boum ! boum ! boum ! –

Dans les corps – soif de pouvoir.

Le sang tenaille les sens – soif de mort.

La faim enivre les esprits – soif de peur.

Et ces tambours qui les oppressent

Avec leurs rythmes entêtants

– Soif de silence !

Loup de pénombre – ahou !

Humain de clarté – ahou !

Âme déchiquetée et sombre

Malmenée par la réalité

Du sortilège qui hier encore

Etait une bénédiction pour le corps.

La meute s’élance – unisson du cri –

Qui pourra les arrêter ?

Quelle folie jeta ce malheureux

Sur le chemin de ces tueurs ?

Quel cauchemar le poussa à quitter

La chaleur cotonneuse de la sécurité ?

Silence et respect pour l’esprit – chut !

Qui agonise entre la douleur et la peur.

Jet écarlate, poudre d’os, malédiction,

Quel espoir ? Quelle vie ? Qui croire ?

Que faire ? Que dire ? Que voir ?

La lune se couche, l’appel se tarit.

La meute se fond dans le noir,

L’aube craint de se glisser entre les arbres

– face à face terrifiant, duel perdu d’avance.

Les ombres regagnent leurs foyers.

Souvenirs tremblants d’une nuit

De honte et de plaisir – chut !

Cinquante nuances de bleu

Certains ont besoin d’un roman – en trois déclinaisons –,

Extase littéraire qui envahit les sens, pour réussir à goûter

Aux plaisirs des corps-à-corps – triste solitude des cœurs –

Grâce à tous ceux – oh oui ! – que l’héroïne ressent

Avec son amant – lourds soupirs de désir à peine contenus

Pendant que les yeux avalent la prose à grande gorgée.

Mais pourquoi accepter ce jeu pervers où – quel malheur ! –

Les vrais gagnants sont les éditeurs cupides qui abusent

Du désir de réconfort des lecteurs en quête de luxure ?

Je l’évite – je le méprise – je le refuse – je le déteste –

Lorsque je souhaite vivre quelques émois qui chauffent le sang,

Un regard derrière mon épaule et tu es là – berger qui veille sur

Le troupeau de mes pas qui s’égarent – ange gardien de mes péchés

Veillant sur mon extase – fusion divine de la lance et du calice.

Les connaisseurs se gausseront – quelle outrecuidance ! –

En décrivant la palette complète des teintes – azur, ciel, électrique,

Horizon, maya, saphir – que les pinceaux de la vie et du temps

Peignent dans tes yeux, et les amateurs bégayeront un simple

Bleu – si fade, si loin de la poésie qui habille tes prunelles !

Mais moi qui te connais, je sais qu’ils se perdent

Dans de pâles dégradés – loin – bien loin de la vérité.

Et ces nuances que je vois ne vivent que pour nous

– camaïeu égoïste que je vole dans un baiser.

Ton regard offre une baignade revigorante

Dans cette belle couleur des lagons sages oubliés

– teinte chaude et accueillante qui apaise le mal –

Qui me baigne dans une félicité totale et sans égale.

Tes sentiments se reflètent dans l’océan de ton humanité.

C’est une lettre intime, dont je suis le seul destinataire,

Qui invite à plonger dans la profondeur de ton âme – viens !

Tu me mets à nu, tu m’appelles à toi – naïve baigneuse –

Tu m’incites à m’immerger dans un tourbillon d’émotions.

J’oublie – je refuse ! – de respirer pour m’imprégner

De tes secrets et les mêler aux miens – bouffée de plaisir.

Pierres dures et froides, quand l’agacement te gagne,

Tempête orageuse aux éclats d’acier – fuyez aux abris ! –

Ou lac glacé lorsque l’ennui s’invite dans ta journée,

Tes yeux deviennent rivière chantante et ciel rieur

Quand nos regards s’attrapent dans un élan de passion

Et ne se lâchent plus – morceau d’éternité subtilisé

Aux parchemins du futur que tu m’offres dans un sourire.

Ton regard est une écharpe dans laquelle je m’enroule

C’est le refuge dans lequel je me jette à corps perdu,

Et la chaleur qui engourdit mon cœur me rappelle

Que je suis vivante – grâce à toi qui fais battre mon âme.

Poème du Graal

Que sonne le glas ! L’attente s’arrête là,

Le mythe ne veut plus de méditation – clap de fin.

Tant pis pour l’âme bousculée – qui s’en soucie ?

Le fil doré du destin – guide titubant entre

Les aléas de la vie et les chemins qui se croisent –

Trébuche sur une barque – retiens ton souffle.

Incarnation parfaite de la beauté ignorée,

l’Elu est là – explosion lumineuse de pureté –

Corps gracile enroulé dans une aura de vitalité.

Un abîme de questions se jette dans le creux

De l’esprit – débâcle éternelle des mots.

Le sablier sanglant se rit du temps qui passe.

Les danses luisantes des chandelles répondent

Aux échos des chants ensorceleurs de la lame.

La candeur meurt dans une flamme passionnelle.

Des éclats de joie naissent dans la prairie des sentiments

Quand l’azur se fracasse contre une âme innocente.

Les anges se perdent dans la contemplation de son mystère.

Les démons éclosent dans le secret des cœurs tourmentés.

La folie s’empare des esprits qui tentent de comprendre.

Combien d’échecs pour aucune réussite ? – Dérisoire patience.

Le cercle céleste sera le seul juge de l’instant unique.

Le cortège qui défile juge la naïve – dis quelque chose !

Si tu te tais, tu le regretteras toute ta vie – chantonnent

Les diables, et tous les chérubins qui renchérissent – Va !

Innocence et courage ne font donc pas bon ménage.

L’hésitation se mue en timidité – rouge aux joues –

Les mots se chiffonnent et se coincent – lèvres qui tremblent –

Dans les nœuds de la pensée qui guettent l’échec.

L’air se refuse à son thorax – querelle pulmonaire –

Les émotions complexes qui s’entrechoquent menacent

D’exploser pendant qu’on lutte contre l’instinct

Hurlant dans les oreilles – Si tu veux vivre : fuis !

Esquive brouillonne, réflexion étouffante – que faire ? –

Désir viscérale, envie secrète – que faire ? – mieux vaut partir !

Dans un ultime sursaut de réaction la passion crie une question.

Poèmes de Rimbaud

Voici les trois poèmes suivants, écrits à la manière d’Arthur Rimbaud. Ces Illuminations sont des poèmes au style très particuliers, un style que j’ai eu du mal à reproduire (fort heureusement, je ne suis pas la seule de mes camarades qui aient trouvé ça dur =P).

Après de multiples essais, j’ai réussi à finaliser trois des textes que j’avais débutés dans le cadre de cet exercice, même si j’ai à peine réussi à effleurer la façon d’écrire de Rimbaud. A vous de juger dans les articles ci-dessous. Bonne lecture !

 

Caresse

Note timide qui résonne doucement, les doigts se tendent et s’effleurent. La balade des corps débute tendrement. Au son des tissus qui se froissent, le froid s’estompe. Frisson fugace, la passion éclot dans la volonté de plus – on veut faire rouler les émotions sur la langue, on veut y boire jusqu’à la lie.

Née de la friction du désir et de l’attente, une étincelle de plaisir se met à crépiter, feu follet imprévisible. La caresse s’intensifie, les mains s’agrippent aux courbes voluptueuses, le souffle se perd.

Une douce chaleur colore les joues et perle les peaux collées avant de flamber bruyamment. Rythmé par la passion qui s’éveille, l’esprit se hisse vers des hauteurs immaculées à coups de murmures étouffés par l’amour qui coule dans la gorge.

On n’entend plus, on ne voit plus, on ne sent plus. Communion de deux âmes qui s’élance vers les anges, on vise un paradis capable de nous accueillir pour quelques secondes. Fusionner les sentiments. Fusionner les corps. Fusionner.

Et on recommencera – il le faut – encore et encore – qui pourrait résister à ce plaisir ?

Egalité

Les remous des profondeurs du temps rompent le partage. L’homme se drape d’une nuit étoilée tandis que la femme déroule le tissu crémeux de la vie.

Le bonheur fait suffoquer les jaloux et siffler les vipères qui disparaissent dans les hautes prairies de l’espoir. Ils se partagent les lambeaux des illusions volées.

L’équilibre est fragile. Les rêves s’envolent, désappointés, pendant que les bras battent périlleusement le vide pour ne pas chuter dans le gouffre des promesses brisées. Le vent des mensonges les poussent vers l’écho de la douleur infinie.

Ils cherchent leur chemin dans un labyrinthe de terreur, ils heurtent les murs de vanité brûlante, ils creusent le sol des triomphes empoisonnés. Quête sans issue dressée dans l’ombre de la défaite, ils se perdent dans leur envie de dominer leur destin.

Et tous se noient dans l’immensité du combat à venir.

Je meurs, tu pleures.

Tu ris, je revis.

L’égalité de nos sentiments est une barrière qui refuse la violence du monde extérieur, une bulle qui isole de l’impitoyable réalité, un foyer qui protège les émotions sincères.

Témoignage

Cet éclat de porcelaine est le vestige d’un naufrage inévitable. Le fracas de la trahison a projeté ses fragments pointus dans un cœur fragile. Les écueils de la réalité ont bousculé une vie qui ne demandait que le droit d’être respectée.

Ce sourire esquissé du bout des lèvres reflète la beauté de la vie. Il projette des rayons de bonheur aux alentours et enveloppe son porteur d’une aura mystique. Les épreuves futures viendront se briser sur les murs d’insouciances que la joie dresse sur son passage.

Cette perle salée jaillit d’un gouffre de douleur caché derrière une façade de fierté. Elle trace des sillons brûlants dans l’âme balayée par les tempêtes de désespoirs. L’acier froid de la solitude a creusé des blessures que nulle médecine ne saura jamais cicatriser.

Ce regard échangé unit deux cœurs épris dans un ruban de satin et de soie qui se noue dans l’éternité. Des ciseaux grinçants tentent de mordre dans le tissu de leur amour. Mais en riant, ils refusent aux lames brillantes le droit de les séparer.

Quelle importance accorde-t-on aux détails ? C’est pourtant dans une infime part de temps, dans une minuscule miette de vérité, dans une parcelle miniature d’émotion que se trouve le cœur d’un événement .Ce sont les véritables témoins de la complexité de la vie et de la beauté des sentiments.

Poèmes de Li Po

Les poèmes qui suivent sont les derniers rédigés dans le cadre de l’examen de cette matière. Li Po est un poète au style très éloigné de celui de Tsvétaïeva et de Rimbaud, plus loin de la formulation enjolivée et plus proche de la beauté de la description d’un paysage.

Ces trois textes closent l’exercice de rédaction de ce cours. J’espère que vous aurez apprécié de les lire ! Ces neuf textes m’auront valu la note de 15/20. Bonne fin de lecture 😉